Le nouveau 60 pieds de Bernard Stamm est revenu à Brest par Cargo. Si la Transat Jacques-Vabre l’a sévèrement touché, elle ne l’a pas coulé. Retour sur une avarie majeure avant un nouveau départ.

Ce premier dimanche de novembre, grand-frais en cours et mer forte. Peu avant minuit, ça fume devant l’étrave de Cheminées Poujoulat. Le bateau file à plus de 15 nœuds, le navigateur breton-suisse et son coéquipier Jean-François Cuzon sont dans le groupe de tête à 130 milles dans le nord des Açores. La Transat Jacques Vabre est toujours en mode expresso et ils sont là pour la gagne entre La Havre et Costa Rica. Mais soudain stupeur et arrêt buffet, importante voie d’eau sur l’avant tribord de la monture. Le 60 pieds prend sérieusement l’eau. Une décision pas si simple à prendre mais au petit matin du lundi, nécessité fait loi. La balise de détresse est déclenchée, il faut évacuer le navire. La suite…Un hélico décolle et les deux marins sont ramenés au sec après un hélitreuillage des plus réussis.

Touché mais pas coulé
A peine déposés sains et saufs sur la terre ferme, sur l’île de Terceira, un autre casse-tête attend Bernard Stamm et Gautier Levisse, boat captain du team Cheminées Poujoulat. Récupérer le bateau si cela est encore possible. « Dans notre malchance, on a eu la chance que cela ne se passe pas trop loin des Açores, et la direction de course était en contact avec le capitaine du port d’Horta ». La solidarité des gens de mer a fait le reste, mais pour cause de météo exécrable, pas question de mettre le nez dehors avant le mercredi. « Une petite fenêtre météo s’est alors entrouverte entre deux dépressions et nous avons embarqué avec Bernard à bord d’un chalutier dans une mer encore bien démontée ».

Une opération plutôt compliquée car la balise Argos immergée a cessé d’émettre. C’est donc juste par le biais d’un calcul de triangulation rendu possible grâce à un signal irridium peu précis du 60 pieds que les deux hommes ont pu guider, de façon, aléatoire le capitaine du Chalutier . « La mer s’est un peu calmée quand nous sommes enfin arrivés sur zone », rappelle Gautier Levisse. Le coursier des océans est en vue, il flotte entre deux eaux, le capot de la soute à voiles et la porte d’entrée ont giclé sous les coups de boutoir de l’océan.

La remorque est passée, « retour vent arrière, ce qui a facilité le remorquage mais pas question de marcher à plus de 2 nœuds avec Cheminées Poujoulat rempli d’eau ».

Aux Açores toute l’équipe est là et le constat est sans appel. Un trou d’un mètre carré à l’avant tribord. Le bateau a été victime d’un OFNI, un conteneur ou une bille de bois, « il y a pas mal de saloperies qui se promènent en mer ». Un choc qu’ils n’ont pas entendu en course. Dans ce type de bateau, les bruits sont amplifiés, notamment par mauvais temps et pas simple de déceler un bruit suspect comparé à un autre qui ne le serait pas.

La faute à pas de chance
Suite à cette escale forcée, Cheminées Poujoulat a ensuite quitté les Açores à bord d’un cargo qui mettait le cap sur Anvers, à vide. Clignotant à gauche en mer d’Iroise, le 60 pieds a été déposé à la porte de son hangar à Brest, son port d’attache. Une équipe de 10 professionnels, renforcée par les Suisses, est à son chevet. Le gréement est intact, « nous auscultons les différentes pièces composites et différents ateliers sont à pied d’œuvre. L’électronique a souffert, le moteur n’en parlons pas ». Une lecture positive après avarie. « La conception du bateau n’est pas en cause. Heurté un OFNI, c’est la faute à pas de chance et nous sommes mobilisés et soudés comme jamais. Le bateau, lui, il est costaud et performant », conclut Gautier Levisse qui prévoit un mise à l’eau entre fin mars et début avril. Il sera temps de penser au Tour de l’Europe pour peaufiner les nouveaux réglages et au Vendée Globe, plus que jamais au programme. L’aventure ne fait que commencer.