Suite à l’avarie survenue sur la Transat Jacques Vabre, le verdict est très vite sans appel, les dégâts sont importants, il faut rapatrier le navire dans le hangar de son port d’attache à Brest. Une seule solution : mettre le grand bateau, dans un autre très grand bateau. Le cargo!

Le remorquage du bateau n’a même pas encore débuté que pour Gautier Levisse, boat captain du team, les démarches de recherche et d’organisation logistique ponctuent déjà ses journées. «Dans notre malchance, nous avons eu la chance que cela nous arrive sur une route commerciale où pas mal de bateaux font escale». Il se met en contact avec divers mandataires. Il s’agit de faire affaire à moindre coût, de vérifier aussi si les conditions de transport sont bonnes. Pas question de rajouter du problème aux problèmes.
Bonne nouvelle, un cargo à vide est en escale à Ponta Delgada, sur l’île de Sao Miguel, un autre port à deux heures de Tercera. «En escale pour faire les pleins de fuel, il mettait le cap sur Anvers et disposé à déposer le bateau Brest, ce qui nous évite un autre convoi exceptionnel par route, à partir d’un port du nord». Opération conclue, il fera un crochet par Tercera. Cheminées Poujoulat est paré pour l’embarquement, déquillé, démâté. «Il faut savoir que c’est la surface au sol qui détermine le prix du transport, alors on retire même les barres de flèches».

Grutage retardé!
Encore deux jours de vent, 45 nœuds en rafales, les dockers ne peuvent gruter dans ces conditions. Le jour suivant, grève générale, «c’est la crise au Portugal». Au quatrième jour le bateau est au bout de la grue et l’équipe de Bernard Stamm est aussi sur le pont. «Pour être sûre que la manœuvre se passe bien en douceur». Le bateau va trouver une place dans la cale, «il n’y avait qu’un mètre de chaque côté, c’était un peu chaud», explique Gautier Levisse. Mais quand même plus sécurisant que de le voir arrimé sur le pont entre deux rangées de boîtes (conteneurs) qui pourraient lui glisser dessus.
La suite est connue, le nouveau 60 pieds de Bernard Stamm est de retour au box une bonne quinzaine de jours après son gros pépin, et dix hommes sont au chevet du pur sang qui retrouvera les champs de courses pour le prochain Tour de l’Europe.

Les bateaux de course et les cargos
Les cargos transportent bien entendu régulièrement les coursiers des mers et pas seulement pour cause d’avaries. Pas souvent les monocoques de 60 pieds qui reviennent, en général, de leurs épopées océaniques à la voile, en compétition ou pour battre un record de traversée. Plus souvent les plus petits bateaux, ceux de la mini transat ou les 40 pieds ainsi que les multicoques de 50 pieds. Le transport par Cargo est alors prévu par l’organisation de course avant le départ. L’union fait la force, plus ils sont nombreux, plus on peut tirer les prix vers le bas. « Et ça ne revient pas forcément à plus cher que de mobiliser une équipe pour un convoyage retour ».
Cheminées Poujoulat et les autres monocoques de 60 pieds auront quand même encore droit à une croisière par Cargo dans le prochain Tour de l’Europe. Pour rejoindre Istanbul. A La voile faire le grand tour prendrait au moins 15 jours, et cela évite également quelques rencontres fracassantes avec les monstres en acier du côté de Gibraltar.