Dans une équipe, quelle qu’elle soit, oeuvrent toujours des hommes de l’ombre. Rarement célébrés au moment des grandes victoires, ils n’en demeurent pas moins ceux par qui, souvent, arrivent la lumière. Philippe Laot, nouveau responsable technique du projet Rivages de Bernard Stamm, est de ceux-là.

N’insistez pas, le Concarnois Philippe Laot est du genre modeste. Dites-lui que son CV est aussi long qu’un Imoca 60’ cerné de bien beaux lauriers, et il vous répondra du tac au tac : “Oui. Ca reste un CV”. Certes. On ne traverse pas les océans avec une feuille de papier. N’empêche. L’homme n’est pas un marin d’eau douce : un tour du monde, huit transatlantiques, cinq océans pacifiques, un océan indien. Et, parmi tout ça, qui trône comme une terre merveilleuse au milieu d’un lagon, un Trophée Jules Verne, celui de 2003, sur Géronimo. On tourne l’Apache?
Navigateur et compétiteur, Philippe Laot l’est. Sans aucun doute. Des qualités qui ne doivent pas faire oublier une autre facette de la personnalité du monsieur, technicien maritime reconnu. Il a ainsi préparé l’Imoca Générali, en 2007, pour le Vendée Globe. Dix ans plus tôt, il participait aussi à la construction du trimaran Groupama. Bref, un homme aux deux visages qui lui valent désormais de travailler aux côtés de Bernard Stamm sur le projet Rivages dont il est devenu, au début du mois de janvier, responsable technique : “Bernard et moi nous connaissons de longue date. Nous partageons de nombreuses valeurs. Pour moi, c’est la confirmation que je ne travaille qu’avec des personnes avec qui j’ai envie de travailler”.
Son rôle ? “Simple, assure Philippe Laot : livrer le meilleur bateau possible à Bernard, en date du prochain Vendée Globe, en novembre prochain”. Vu comme ça, sûr que cela semble assez basique. Mais dans cet atelier où oeuvrent Philippe Laot et sa quinzaine de personnes, il reste du travail. “Le bateau a connu quelques déboires sur la Jacques Vabre, regrette le responsable technique. Nous devons le remettre d’aplomb pour le tour d’Europe, en mai, et assurer à Bernard une machine fiable pour ses séances d’entraînement”. “Construire un bateau, aujourd’hui, c’est faire cohabiter de multiples compétences autour de lui. Il faut aussi imaginer la manière dont Bernard l’occupera, la manière dont il le skippera, la manière dont il réagira en cas d’avarie”. Un travail de longue haleine, donc, et de passion. Deux valeurs auxquelles Philippe Laot, inconsciemment, ajoute l’humilité : “Je dois synthétiser tout le travail pour répondre aux exigences du Vendée Globe. Mais je ne suis spécialiste de rien”… « Spécialiste de rien »… Drôle de formule quand on a pourtant, déjà, beaucoup prouvé.